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7. Goya le sommeil de la raison.avif

 Jeudi 15 janvier 

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Francisco de Goya,

le sommeil de la raison

Incroyable Jean-Claude Carrière ! Disparu en février 2021 à 89 ans, l’auteur français cosignait encore l’année avant, le scénario du malicieux La Croisade, de Louis Garrel. Le voici de retour, à l’écran cette fois, dans un documentaire consacré à Francisco de Goya, sur lequel il était devenu une autorité pour avoir écrit Les Fantômes de Goya avec Milos Forman (2006). Filmé en Espagne lors d’un dernier pèlerinage sur les traces du peintre, Carrière s’y livre à l’un de ces exercices d’admiration érudits dont il avait le secret. OEuvre du cinéaste José Luis Lopez-Linares, ce documentaire est un vertigineux voyage à travers l'oeuvre et la vie de Goya, de l'espoir des Lumières aux ténèbres, de l'ancien monde à la modernité. 

Car en effet, peut-on imaginer qu’un même artiste, en l’espace de quelques décennies, ait pu incarner à la fois la joie lumineuse des fêtes populaires et la vision angoissée des abîmes de l’âme humaine ? C’est pourtant le parcours fascinant de Francisco de Goya y Lucientes. Tour à tour chroniqueur des plaisirs quotidiens, portraitiste recherché par la cour et témoin lucide des bouleversements de son temps, Goya a su se réinventer pour devenir l’un des peintres les plus modernes et les plus mystérieux de son siècle. 

Deux tableaux consacrés aux célébrations de la Saint-Isidore, saint patron de Madrid, symbolisent cette métamorphose vertigineuse. En 1788, La Prairie de Saint-Isidore déploie une scène joyeuse, un vaste panorama baigné de lumière où la foule madrilène se presse, pleine de vie et de mouvement. Mais une trentaine d’années plus tard, retiré dans sa demeure, Goya couvre ses murs de ce qu’on appellera ses “peintures noires” : La Procession à l’ermitage Saint-Isidore montre alors un cortège de figures masquées, grotesques et inquiétantes, se frayant un chemin dans un paysage où ne subsiste plus qu’une nuit oppressante. 

Entre ces deux visions, le monde a basculé. Les idéaux des Lumières, auxquels Goya croyait si ardemment, ont laissé place à la violence et au chaos : la Révolution française a tourné à la Terreur, les armées 

napoléoniennes ont mis l’Espagne à feu et à sang, et l’absolutisme féroce de Ferdinand VII a succédé à la monarchie éclairée de Charles IV. Lui-même, malgré son titre de “peintre de la Chambre du roi”, a traversé de cruelles épreuves personnelles : sept de ses enfants sont morts avant d’atteindre l’âge adulte, ne laissant que son fils Javier pour lui survivre, et une grave maladie l’a frappé de surdité à jamais. 

Pourtant, au lieu de se replier dans le silence, Goya a fait de cette solitude forcée le creuset de son art le plus intime et le plus dérangeant. Témoin de la folie des hommes, il s’est éloigné des commandes officielles pour plonger dans ses propres ténèbres, donnant naissance à une oeuvre visionnaire, d’une modernité saisissante. 

Entre les lieux marqués par sa vie et la contemplation de cette oeuvre foisonnante, José Luis López-Linares et Jean-Claude Carrière invitent à suivre pas à pas ce génie inquiet, qui n’a jamais cessé de scruter l’humain, ses rêves et ses monstres, avec une lucidité impitoyable et une audace sans égale.      

Un film réalisé par José Luis Lopez Linares 

Année : 2019 

Durée : 52’ 

Pays : France, Espagne 

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